Xiaomi en Europe en 2027 : l'électrique comme moteur de croissance
N°3 mondial des smartphones derrière Samsung et Apple, Xiaomi accélère dans la voiture électrique : plus de 500 000 SU7 livrées en Chine, un centre de R&D déjà installé en Allemagne et une arrivée en Europe annoncée pour 2027. Décryptage d'un pari industriel censé relancer la croissance du groupe.

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L'essentiel
- Xiaomi, n°3 mondial des smartphones, lancera ses voitures électriques en Europe en 2027, avec un centre de R&D déjà ouvert en Allemagne
- Plus de 500 000 berlines SU7 ont déjà été livrées en Chine, et 104 199 véhicules électriques au seul deuxième trimestre 2026
- En France, la SU7 pourrait coûter entre 38 000 et 50 000 €, face à la Tesla Model 3 affichée sous les 40 000 €
- Produites en Chine, les Xiaomi devraient être exclues du bonus écologique français, mais obtenir la vignette Crit'Air 0
- Le pôle véhicules électriques affiche encore une perte opérationnelle d'environ 385 millions de dollars au deuxième trimestre 2026
- La marge brute du pôle électrique (19,2 %) dépasse déjà celle des smartphones (8,5 %), dont les ventes reculent de 6 %
Troisième constructeur mondial de smartphones derrière Samsung et Apple, Xiaomi ne veut plus être seulement un géant du téléphone. En Chine, sa berline électrique SU7 vient de franchir le cap des 500 000 unités livrées, un succès qui pousse le groupe à accélérer à l'international.
Prochaine étape : l'Europe, où Xiaomi compte commercialiser ses véhicules électriques à partir de 2027. Un centre de recherche et développement est déjà installé en Allemagne, première tête de pont du constructeur sur le continent. Objectif affiché : faire de l'automobile le nouveau moteur de croissance du groupe, alors que le marché du smartphone montre des signes d'essoufflement. Décryptage d'un pari industriel qui pourrait, à terme, rebattre les cartes du marché français.
Pourquoi Xiaomi mise tout sur la voiture électrique pour relancer sa croissance ?
Les résultats du deuxième trimestre 2026, publiés le 18 août, ont confirmé ce que les observateurs pressentaient : le cœur historique du groupe s'essouffle. Xiaomi a dégagé un chiffre d'affaires de 108,9 milliards de RMB (environ 13,7 milliards d'euros), en recul de 6,1 % sur un an. Certes, le bénéfice net ajusté de 6,2 milliards de RMB a dépassé le consensus des analystes, et l'action a bondi de 5,6 % à la Bourse de Hong Kong. Mais le bénéfice opérationnel a fondu de 19,1 % et les expéditions de smartphones ont reculé de 6 %, à 31,2 millions d'unités.
Le problème est structurel : le marché du téléphone arrive à maturité et la concurrence chinoise érode les marges. Malgré un prix de vente moyen record de 1 351 RMB par appareil, la marge brute du pôle smartphones est restée limitée à 8,5 %, pénalisée par un coût des composants mémoire toujours élevé, comme le relève l'analyse du courtier FXCM. Difficile, dans ces conditions, d'envisager une nouvelle décennie de forte croissance portée par le seul combiné.
À l'inverse, la courbe automobile s'envole : 104 199 véhicules électriques ont été livrés sur le trimestre, soit 28,2 % de plus qu'un an plus tôt. Le pôle « véhicules électriques, IA et nouvelles initiatives » a généré 24,9 milliards de RMB de revenus, en hausse de 17,1 %, avec une marge brute de 19,2 % — supérieure à celle des smartphones. Mieux : les précommandes du nouveau modèle Pengcheng ont dépassé les prévisions internes du groupe.
Logiquement, la direction a fait de l'électrique son relais de croissance prioritaire. Les dépenses de R&D ont grimpé de 18,9 %, à 9,2 milliards de RMB, et près des deux tiers des investissements trimestriels ont été consacrés aux activités innovantes, l'automobile en tête. De quoi préparer sereinement l'offensive internationale qui se profile.
Combien coûteront les Xiaomi électriques sur le marché français ?
Aucune grille tarifaire officielle n'a encore été communiquée, mais le positionnement chinois donne des indices. Là-bas, la SU7 Standard démarre autour de 26 000 €, quand la SU7 Max plafonne sous les 37 000 €. Une fois ajoutés droits de douane, transport et homologation européenne, les observateurs tablent sur une fourchette de 38 000 à 50 000 € pour la berline, soit le terrain de chasse de la Tesla Model 3, affichée sous les 40 000 € en France. Le SUV Sky Nomad viserait un cran au-dessus.
Reste la question du bonus écologique. Depuis décembre 2023, son attribution dépend d'un score environnemental intégrant le transport et l'empreinte carbone de la production : de fait, les modèles fabriqués hors d'Europe en sont exclus, comme l'ont appris la Dacia Spring ou la Model 3 assemblée à Shanghai. Produites en Chine, les Xiaomi ne devraient pas échapper à cette règle, un handicap de plusieurs milliers d'euros face aux rivales construites sur le continent.
En revanche, 100 % électriques, elles décrocheront sans mal la vignette Crit'Air 0, synonyme d'accès libre aux ZFE des grandes métropoles et de stationnement avantagé dans certaines communes. Côté distribution, le groupe devra composer avec les habitudes françaises : réseau de concessions, mandataires comme Aramisauto ou Elite-Auto, et surtout la LOA, qui structure une large part des achats de voitures neuves dans l'Hexagone.
Rentabilité, concurrence : quels défis restent-ils à surmonter ?
Le succès a toutefois un prix : malgré l'envolée des livraisons, le pôle « véhicules électriques, IA et nouvelles initiatives » reste dans le rouge. Au deuxième trimestre 2026, il a affiché une perte opérationnelle d'environ 385 millions de dollars — son deuxième trimestre consécutif déficitaire, souligne l'analyse de The Electric Viking. Les investissements massifs en recherche et développement, en capacité industrielle et en intelligence artificielle embarquée continuent de grever les comptes du segment.
L'Europe ajoutera ses propres obstacles : droits de douane sur les véhicules électriques chinois importés, image de marque à bâtir face à Tesla et aux constructeurs historiques, confiance à gagner sur la fiabilité et le réseau après-vente.
Le pari de Xiaomi est donc crédible, mais encore fragile : le Vieux Continent en sera le juge de paix.












