Tesla rappelle 2,7 millions de voitures en Chine pour l’Autopilot

Le rappel chinois impose à Tesla d’activer la caméra habitacle sur 2 740 642 Model 3 et Model Y afin de vérifier le regard du conducteur. Un signal fort pour l’Europe, où les aides de niveau 2 restent sous responsabilité humaine.

Des dizaines de Tesla Model 3 et Model Y alignées en légère plongée sur le parking de la Gigafactory de Shanghai
Par La rédaction7 min de lectureFiche de la marque : Tesla

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L'essentiel

  • Tesla rappelle 2 740 642 Model 3 et Model Y en Chine pour renforcer la surveillance de l’Autopilot
  • La caméra habitacle devra suivre le regard, car le couple au volant ne prouve pas l’attention à la route
  • Un second rappel chinois touche 2 975 910 Tesla pour mieux signaler les commandes manuelles de secours
  • Près de 4,3 millions de voitures chinoises sont rappelées pour des poignées ou sorties d’urgence trop discrètes
  • Aucun rappel équivalent n’est annoncé en France, mais le VIN reste vérifiable sur rappel.conso.gouv.fr

Pourquoi une simple main sur le volant ne suffit plus aux yeux de Pékin ?

Aux yeux du régulateur chinois, le problème tient moins à la présence des mains qu’à l’attention réelle du conducteur. La surveillance par couple au volant vérifie qu’une résistance est appliquée sur la jante, mais elle ne dit pas si la personne regarde la route, lit son téléphone ou somnole. Dans l’avis relayé par ithome.com, l’autorité chinoise estime donc que le mécanisme actuel ne fournit pas assez d’alertes lorsque le regard quitte la circulation.

Cette limite technique est devenue plus visible avec la banalisation des systèmes d’aide à la conduite de niveau 2, où la voiture peut gérer direction et vitesse dans certaines conditions, tout en laissant l’entière responsabilité au conducteur. Avec l’Autopilot et les fonctions FSD supervisées, le risque identifié est celui d’un usage abusif : croire que la voiture conduit seule, détourner durablement son attention, voire s’endormir. Electrek rapporte même des astuces devenues virales en Chine, avec des têtes de poupée en plastique vendues l’équivalent d’une vingtaine d’euros pour tromper la caméra habitacle.

Pékin pousse donc Tesla à combiner deux contrôles : le couple au volant et le suivi du regard par la caméra intérieure. L’enjeu n’est pas seulement de détecter une main posée sur le volant, mais de vérifier que le conducteur reste engagé dans la conduite. Ce basculement fait de la caméra habitacle une référence de fait pour les aides à la conduite avancées, au moins lorsque le système peut maintenir la voiture dans sa voie et gérer une partie des sollicitations.

Cette approche n’est pas isolée. En Europe, les systèmes de surveillance du conducteur sont déjà encouragés par les protocoles Euro NCAP et intégrés au cadre de sécurité renforcé des nouveaux véhicules, notamment pour détecter fatigue et distraction. Pour un automobiliste français habitué aux aides de maintien dans la voie et au régulateur adaptatif, le message est clair : l’assistance ne dispense jamais de surveiller la route.

Poignées de porte défaillantes : le deuxième rappel record de Tesla

Le même jour que le rappel lié à la surveillance du conducteur, Tesla a déposé en Chine un second dossier encore plus massif. Selon l’avis de la SAMR relayé par ithome.com et CnEVPost, 2 975 910 véhicules sont concernés à partir du 25 septembre 2026 : des Model 3 et Model Y produits localement, mais aussi des Model 3, Model S et Model X importés. À l’échelle de la marque, il s’agit du plus important rappel de son histoire, tous marchés confondus.

Un levier de secours introuvable en cas d'urgence

Le défaut visé ne porte pas directement sur la poignée extérieure affleurante, devenue l’un des codes esthétiques de Tesla. Il concerne la commande mécanique de secours située à l’intérieur, censée permettre l’ouverture de la porte si l’électronique ne répond plus. D’après la SAMR, cette poignée de secours est d’une couleur trop proche de la garniture de porte, ce qui la rend difficile à repérer et à actionner dans une situation de stress.

Le scénario redouté est celui d’un choc violent entraînant la coupure du circuit basse tension. Dans ce cas, les ouvrants électriques peuvent ne plus fonctionner normalement, tandis que les occupants doivent trouver rapidement la commande manuelle pour sortir. Le régulateur estime que ce manque de lisibilité peut retarder l’évacuation et compliquer l’intervention des secours depuis l’extérieur. Tesla prévoit d’ajouter gratuitement des marquages d’avertissement et de déployer une mise à jour OTA du logiciel de lève-vitres, afin d’abaisser automatiquement les vitres après un accident.

La fin annoncée des poignées affleurantes en Chine

Ce rappel intervient alors que Pékin durcit nettement sa doctrine sur les ouvrants électriques. Reuters, via MarketScreener, indique que la Chine prévoit d’interdire les poignées de porte dissimulées ou affleurantes à partir de 2027, devenant ainsi le premier grand marché à écarter ce dessin popularisé par Tesla. L’objectif n’est pas de bannir l’électrification des portes, mais d’imposer une solution mécanique identifiable et utilisable en toutes circonstances.

Le sujet dépasse donc le seul cas des Model 3, Model Y, Model S et Model X. Les véhicules chinois qui ont repris ces codes, des Xpeng G6, Xpeng P7+ et Xpeng X9 aux Leapmotor C01 et Leapmotor C11, sans oublier les Geely Geometry 007 et Geely Geometry X, se retrouvent exposés à la même exigence de lisibilité en cas d’urgence.

Xiaomi, Xpeng, Leapmotor, Geely : toute l'industrie chinoise concernée

Le dossier chinois déborde largement Tesla. Selon Reuters via MarketScreener, onze constructeurs ont lancé ou déclaré le même jour des rappels portant sur près de 4,3 millions de véhicules pour le seul sujet des ouvertures de porte en urgence. Les médias chinois comme nbd.com.cn retiennent plutôt neuf groupes sur ce périmètre, selon la manière de compter les filiales et marques. CnEVPost élargit encore le bilan : en additionnant les campagnes liées aux poignées et celle de Tesla sur la surveillance du conducteur, la salve dépasse 7 millions de voitures, ce qui en fait la plus grande opération de rappel automobile jamais annoncée en Chine.

La liste donne la mesure du phénomène. Aux côtés de Tesla figurent Xiaomi, Xpeng avec les G6, P7+ et X9, Leapmotor avec les C01 et C11, Geely et Zeekr, mais aussi Chery, Dongfeng, Arcfox et FAW. D’après CnEVPost, Xiaomi rappelle environ 390 000 SU7, Leapmotor 371 200 voitures, Xpeng 264 842 unités et Zeekr 92 658 exemplaires. Dans l’écosystème Geely, cette mise sous surveillance touche un langage de design que l’on retrouve aussi autour des familles Geely Geometry 007 et Geely Geometry X.

Le motif commun reste très concret : les commandes mécaniques de secours peuvent être trop discrètes dans l’habitacle, parfois proches de la couleur des garnitures ou insuffisamment signalées. En cas de choc sévère et de coupure du circuit basse tension, quelques secondes perdues à chercher une tirette peuvent compliquer l’évacuation ou l’accès des secours. Electrive.com souligne que neuf constructeurs sur onze prévoient au minimum des étiquettes d’avertissement, souvent accompagnées d’une mise à jour à distance.

Cette réponse coordonnée s’inscrit dans un moment tendu pour l’automobile chinoise. La guerre des prix pousse les marques électriques à multiplier les équipements visibles et les signatures technologiques, tandis que Pékin resserre le contrôle des fonctions automatisées et des éléments de sécurité passive. Les poignées affleurantes, popularisées par Tesla puis reprises par une grande partie des nouveaux entrants, deviennent ainsi un symbole inverse : ce qui incarnait la modernité doit désormais prouver sa lisibilité dans le pire scénario.

Quelles conséquences pour Tesla et pour les propriétaires français ?

Pour Tesla, l’ampleur du chiffre ne dit pas tout du coût réel. Le rappel portant sur la surveillance du conducteur repose principalement sur une mise à jour à distance : d’après ithome.com, le logiciel ajoute l’usage de la caméra habitacle au contrôle déjà effectué par le couple au volant. Autrement dit, pas de remplacement massif de pièces ni d’immobilisation systématique en atelier, sauf pour les véhicules qui ne pourraient pas recevoir l’OTA correctement.

La réaction des marchés va dans ce sens. Selon Stocktwits, l’action TSLA a progressé le jour de l’annonce, signe que les investisseurs ont surtout retenu le caractère logiciel du correctif. Le titre reste toutefois en recul d’environ 21 % depuis le début de l’année 2026, dans un contexte plus large de pression sur les marges, de concurrence chinoise et d’interrogations sur le rythme de déploiement des aides à la conduite.

Pour les clients français, il n’y a pas, à ce stade, de rappel équivalent annoncé en Europe pour cette campagne chinoise de surveillance du conducteur. Les véhicules concernés sont des Model 3 et Model Y fabriqués à Shanghai pour le marché chinois, selon les avis relayés par Electrek et les médias chinois. Cela n’empêche pas un propriétaire en France de vérifier régulièrement les campagnes ouvertes via rappel.conso.gouv.fr, avec le numéro VIN, ou directement auprès de son centre Tesla.

La conséquence la plus concrète est donc moins administrative que technique et juridique. En France, l’Autopilot et les fonctions avancées restent des aides de niveau 2 : le conducteur garde la responsabilité de la trajectoire, des distances et de l’attention portée à la route. Dans les ZFE comme ailleurs, la vignette Crit’Air 0 ne change rien à cette obligation. Le débat ouvert par Pékin interroge surtout la fiabilité réelle des systèmes de supervision et la frontière entre assistance confortable et relâchement dangereux.

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